Petit retour sur la fête des 3 ans du quartier des Lentillères

Ce dernier week-end de mars, c’était la fête dans le quartier des Lentillères pour les 3 ans d’occupations potagères du Pot’Col’Le, la première bougie de la ferme Le Jardin des Maraîchers et la poursuite de la dynamique d’occupation sur la friche de 6ha d’anciennes terres maraîchères que la mairie veut bétonner ! Depuis l’année dernière, un rucher s’est installé, un bouc est passé par là, des poules ne tarderont pas arriver, de nouvelles parcelles ont été défrichées et mises en culture, des maisons réhabilitées et de nouveau habitées…bref, on s’arrêtera pas en si bon chemin !

Du coup, on avait concocté un programme du tonnerre pour les habitant-e-s du quartier :

Dès vendredi soir, c’était soupe à l’oignon à la grange des Lentillères puis concerts jusqu’au bout de la nuit, entrecoupées de discussions enflammées autour du brasero « Tierra y libertad » le bien nommé (« Terre et Liberté », slogan des luttes paysannes espagnoles anciennes et nouvelles, pour preuve les occupations récentes de grands domaines agricoles étatiques). On a eu droit au punk synthétique des allemands de Les Trucs, puis est venu le tour d’Alek et les Japonnaises et leur electropical à paillettes, suivi du rock psyché nuageux des dijonnais d’Altocumulus, puis du rock & groove d’Ultra Zook et pour finir les Buttshakers et leur soul & garage.

Pas le temps de se reposer : le samedi, dès 14h, plusieurs chantiers de vannerie demandaient de la main d’œuvre expérimentée ou non. Des plessis ont été réalisés le long des buttes de permaculture, une cabane vivante pour les enfants a été aménagée, ainsi qu’une haie vivante le long d’une parcelle du jardin. Parce que la production de légumes n’empêche pas l’esthétisme, espérons que les participants à ces ateliers feront essaimer cet art paysager traditionnel dans toute la friche.

Mais à peine 15h et un concours démarre sur le Jardin des Maraîchers : 2 équipes composées d’une dizaine de personnes chacune s’affrontent à l’aide de pioches, pelles et râteaux. Rassurez-vous, l’ennemi est en réalité commun, il s’agit des trous creusés l’année dernière par la mairie pour empêcher (vainement) l’installation agricole des 3 jeunes paysans (maintenant au nombre de 7) du Jardin des Maraîchers.

Sous les encouragements surexcités d’une soixantaine de supporters et d’un jury appréciant la technicité et l’esthétisme des 2 équipes, 3 heures d’efforts acharnés ne seront pas de trop pour reboucher les 2 trous en question. Encore bravo aux courageuses et courageux participant-e-s !

La friche des Lentillères n’étant pas un phénomène isolé d’occupation contre des projets d’aménagement du territoire aberrants, on a invité des copains et copines du Morvan pour discuter de leur opposition à la construction d’une gigantesque scierie industrielle sur une forêt de 100ha à Sardy-les-Epiry (Nièvre), qui déstabiliserait toute l’économie régionale du bois pour les seuls profits d’investisseurs belges, soutenus par le Medef local et des élus mégalo (tiens, tiens, ça ne vous rappelle rien ?). Et ils n’ont rien trouvé de mieux pour empêcher les premiers travaux de défrichage que de construire des cabanes et d’occuper le lieu pour empêcher le projet : bienvenue sur la ZAD (Zone A Défendre, en référence à la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) du Morvan !

Et pour finir la journée, sous une pluie glaciale, de délicieuses pizzas au feu de bois, puis le rythme endiablé d’une fanfare, avant une fin de soirée en mode « bœuf des Lentillères », pendant laquelle les artistes du potager ont pu laisser libre cours à leurs talents musicaux…

Et le dimanche, ça repart ! Pas de trêve pour la fête des Lentillères, même le jour de Pâques… Au programme de ce dernier jour : jardinage bien sûr (eh oui, c’est le moment de planter les salades et épinards en pleine terre), jeu de piste énigmatique explorant les moindres recoins de la friche, mots croisés géants sur le thème du jardinage évidemment, pour en finir avec un loto aux petits oignons.

Une conclusion en beauté pour cette super fête ayant rassemblé pendant 3 jours petits et grands, squatteurs, jardiniers, habitants du quartier, amis des 4 coins de la France, autour d’une lutte concrète d’occupation potagère créatrice de lien social et de vie de quartier. Au grand dam de la mairie qui préfère y voir une friche abandonnée sans intérêt, à remplacer par un parfait éco-quartier qui, dixit l’architecte David Michelin chargé de son design, s’inspire du « génie du lieu » : monsieur l’architecte, si vous nous lisez depuis votre bureau parisien, sachez que ça fait trois ans qu’on est là, trois ans qu’on construit, trois ans qu’on lutte, et c’est pas fini : on laissera pas béton !

 

 

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